BEST OFAlors que Nicolas Sarkozy la joue détaché et envisage une reconversion, Libération lui facilite la tâche en lui présentant dix destins d'ex-chefs d'Etat.
Par CHRISTIAN LOSSON, FLORENT LATRIVE
(Photos Reuters)
Nicolas Sarkozy se sent d'humeur à tirer un trait, un jour, dans trois mois ou dans
cinq ans, sur la politique... Les pistes ne manquent pas. Libération lui donne l'occasion d'éviter le passage par la case Pôle Emploi avec une liste de boulots clés en main, inspirés des
parcours de dix chefs d'Etat. Il revendique son goût pour l'argent? Pas de souci: la plupart des ex n'en manquent pas. Il se verrait bien ne travailler que du mardi au jeudi soir? Là, pour le
coup, cela s'annonce plus difficile. La plupart des chefs d'Etat se révèlent hyperactifs et toujours très impliqués dans les affaires du monde... Il cauchemardait de se retrouver quelque part
entre VGE-Chirac ou Bush? Pas de chance, nous les avons subjectivement virés de notre listing: trop collés-serrés, trop affectifs. Petite revue de profils (non exhaustive) sur la façon dont
Sarkozy pourrait «jouer» son après-Elysée. Dès mai 2012? Ou après 2017?
Humanitaire, comme Jimmy Carter, 86 ans
(Jimmy Carter à Cuba en 2011. Photo Enrique De La Osa. Reuters)
Un après, comme c'était le cas... avant. Sa vie après la Maison-Blanche s'est faite dans la continuité: une sorte d'antirupture. A-t-il, au fond, été meilleur post-Président que Président? Après
tout, Time Magazine l'a bien sacré «meilleur ex-président des Etats-Unis» en 1989... Reste que le démocrate a remis les droits de l'homme au cœur de la politique américaine à partir de
1977, lorsqu'il succède au Républicain Gerald Ford et à sa realpolitik dans la lignée de Nixon. Chahuté sur le plan intérieur, il a marqué ses quatre ans de présidence par quelques actes forts:
accords de Camp David, traité Salt II de réduction des armements stratégiques par l'URSS ou encore rétrocession du canal de Panama. Ejecté par Reagan en 1981, il joue depuis le Superman de la
paix mondiale, sans hésiter à tacler son pays comme il l'a fait en critiquant les guerres en Irak. Avec sa fondation, on le
voit parcourir le monde comme observateur de scrutins (Nicaragua, Ethiopie, Haïti...). En 1994, il dénoue un conflit avec la Corée du Nord et joue un rôle dans la signature de la paix en Bosnie.
Quelques temps plus tard, il planche sur l'éradication d'un ver en Guinée. Un parcours récompensé par le Prix Nobel de la paix en 2002... Et par, cinq ans plus tard, une place dans le «The Elders», groupe de vieux sages impulsé par Nelson Mandela...
Opportuniste, comme Jose Maria Aznar, 59 ans
(Jose Maria Aznar à Madrid en 2007. Photo Andrea Comas. Reuters)
On a plus parlé de lui pour ses femmes réelles –ou supposées– que de sa vie après le pouvoir. De l'ex-chef du gouvernement espagnol (1996-2004), on a évoqué une hypothétique liaison avec Rachida
Dati, comme on s'est attardé sur les déboires de sa femme, Ana Botella, parachutée à la mairie
de Madrid avec la victoire des conservateurs. Qu'est donc devenu ce fils d'un journaliste proche de Franco? Il l'a jouée en deux temps. Un, comme tous les autres chefs d'Etat ou de
gouvernement: faire la tournée de la planète en abreuvant de ses pensées ceux prêts à débourser près de 30000 euros (c'est moins que Clinton) pour l'écouter; récupérant, en 2004, un poste à la
Georgetown University de Princeton. Deux: comme beaucoup d'autres (mais pas tous), il a joué le conseillers de fonds spéculatifs ou de groupes immobiliers et énergétiques. Comme Sarkozy, qui s'est toujours passionné pour les médias et la presse, Aznar officie aussi
désormais comme président du conseil d'administration de News corp., la firme du magnat Rupert Murdoch. Au cœur de l'info?
Pas vraiment. Aznar s'est ainsi notamment illustré, en octobre 2008, pour avoir nié l'existence du changement climatique, «une nouvelle religion» guère au goût de ce catholique
pratiquant.
Fidèle, comme Lula, 66 ans
(Luiz Inacio Lula da Silva à Brasilia en 2012. Photo Marcelino Ueslei. Reuters)
Evidemment, ça va être chaud patate pour suivre ce modèle. Déjà, il reste peu de temps à Nicolas Sarkozy pour être, comme le chef d'Etat du Brésil de 2003 à 2011, classé comme le dirigeant le
plus influent du monde par Time, en 2010. Ensuite, il faudrait une baguette magique pour qu'il termine son mandat à près de 70% de popularité. L'ex-ouvrier metallo devenu syndicaliste et
fondateur du Parti des travailleurs n'a pas pu se représenter. Il a donc joué les tremplins pour Dilma Rousseff. Depuis, Lula, en dépit d'un cancer du larynx (dont il a anticipé les effets de la
chimiothérapie en se rasant les cheveux), sillonne la planète pour recevoir des prix, des distinctions (docteur honoris causa de Sciences Po à Paris, prix Lech Walesa en Pologne, etc.).
Bien sûr, il s'offre quelques sorties comme conférencier international, comme l'a rappelé L'Express, à 200 000 dollars le cacheton: Microsoft, Tetra Pak. Ou, comme se
gausse la presse brésilienne, 1500 euros la minute. Il en reverse une grande partie à sa fondation, l'institut Lula, qui vise à asseoir la démocratie
au Brésil et approfondir l'intégration latino-américaine. Et surtout à développer l'Afrique en la considérant comme un partenaire, et non une terre de pillage. Il avait visité pas moins de 28
pays africains pendant ses deux mandats. Leitmotiv: «L'Afrique doit se libérer du colonialisme». A des années-lumières
du discours de Dakar, prononcé le 26 juillet 2008 par Nicolas Sarkozy...
Habile, comme Bill Clinton, 65 ans
(Bill Clinton à New York en 2011. Photo Kevin Lamarque. Reuters)
Par où prendre la vie post-présidentielle de William Jefferson Blythe III? A quoi ressemble son après 1993-2001, où, au passage, il était parvenu à créer 22 millions d'emplois? Il a tout tenté,
tout fait, ou presque: mission, biographie, discours, acteur, etc. Autobiographe? My Life lui a rapporté 12 millions de dollars. Conférencier-globe-trotteur? A raison de 250000 dollars
la prestation, cela lui aurait permis d'engranger 100 millions de dollars, y compris en parlant restauration. Reste que cela pèse 5 fois
moins, oui, que les ressources de sa fondation, lancée en 2002, qui finance des actions d'ONG sur la santé (sida, paludisme), la lutte contre le
changement climatique et la bonne gouvernance. «Quand j'ai quitté la présidence, je me suis juré de lutter contre la pauvreté dans le monde et aux Etats-Unis», dit-il un jour. En
attendant d'être nommé, peut-être un jour, secrétaire général de l'ONU, il joue le représentant spécial onusien après le tremblement de terre à Haïti. Il a joué son propre rôle, en 2008,
dans Shine a Light, de Scorcese. Hyperactif, brillant et toujours ambitieux, il a changé au moins sur un point: il est devenu végétarien (un cœur désormais fragile), se gratifiant, à
l'occasion, de poissons, comme le rappelle The Telegraph...
Post-USSR, comme Mikhaïl Gorbatchev, 80 ans
(Mikhaïl Gorbatchev à Boston en 1998. Photo Reuters)
L'homme de la Glasnost et de la Perestroïka (il trôna au Kremlin entre 1985 et 1991) s'est accroché longtemps après la dissolution de l'URSS, tentant de tenir à bout de
bras des partis politiques sans succès et multipliant les come-back (in the USSR) avortés. En «ex» appliqué, il s'occupe de diverses fondations (Green Cross, Gorbatchev Foundation..), avec une tendance à la militance environnementale. Il dispose de son rond de serviette au Club de Madrid, qui regroupe quelques dizaines d'ex-chefs d'Etat, sorte de Rotary Club des vieilles gloires de la diplomatie mondiale. A 81 ans, il donne régulièrement son avis sur
les grands problèmes du monde en conférence ou dans des journaux. N'hésitant pas, quand il le sent, à tacler ses successeurs. Dernier exemple en date, dans l'Express: «Si Poutine reste trop longtemps au pouvoir, il
pourrait se transformer en une sorte de Brejnev!» Mais c'est pour ses à-côtés, destinés à alimenter les caisses de ses charities, que Gorby assure le plus: il a joué en 1997 dans
une pub pour Pizza Hut et a servi de star pour un sac Vuitton. Et, last but not least, a enregistré en 2009 un disque de vieilles ballades romantiques russes.
Top borderline, comme Gerhard Schröder, 67 ans
(Gerhard Schröder avec Dimitri Medvedev à Saint-Petersbourg en 2011. Photo Reuters)
Le social-démocrate est, avec Tony Blair, le chouchou des conservateurs français (cf la sortie du jour de Jean-François Copé sur François Hollande). Il a quitté le pouvoir après sept ans de règne (1998-2005) dans la foulée de mauvais résultats électoraux
provoqués par sa réforme à la hache de l'Etat-providence. Deux semaines avant de céder sa place à Angela Merkel, il parvient à signer avec Vladimir Poutine l'accord sur la construction du gazoduc Nord Stream, qu'il défendait depuis longtemps. Pour sa
reconversion, l'homme qui en son temps dirigea la première coalition rouge-verte fédérale n'a pas eu à aller chercher loin: il est nommé dans la foulée à la tête du comité d'actionnaires du
consortium chargé de la construction du gazoduc. Les mauvaises langues parlent, ô surprise, de conflit d'intérêts. Le sénateur démocrate de Californie Tom Santos le traite même de «prostitué
politique». Depuis, il inauguré le tuyau en posant aux côtés de Merkel, Medvedev et... Fillon. Et continue à promener son carnet d'adresses d'ex-chancelier dans le pétrole et les conseils
d'administration.
Oxydé, comme Margaret Thatcher, 86 ans
(Margaret Thatcher à Londres en 2009. Photo Andrew Winning. Reuters)
La propagandiste zélée du «There is no alternative», slogan de sa politique libérale et conservatrice, fut la première femme à diriger le parti conservateur et la
seule femme à être Premier ministre en Grande-Bretagne, de 1979 à 1990. La Dame de fer, surnom donné par le journal soviétique L'étoile rouge pour son anticommunisme (et dont un film
autobiographique sort en France le 15 février), s'est retirée de la vie politique en 2002. Elle a été victime d'accidents vasculaires cérébraux, et souffre de la maladie d'Alzheimer. En 2007,
elle inaugure sa statue à la chambre des communes. «J'aurais préféré une statue en fer, mais le bronze me convient. Elle ne rouillera pas.» Alors qu'elle survit toujours, le pays se
déchire sur l'idée de lui organiser des obsèques nationales, comme l'a raconté Slate.fr. «Elle a été une grande
femme, un des six ou sept plus importants locataires de Downing Street en trois siècles», assure un éditorialiste du Daily Telegraph. Et il y a au moins autant de raisons de la
détester: guerre des Malouines, répression en Irlande du Nord, répression syndicale, suppression des filets sociaux. Que des documents déclassifiés rendus public en 2008, d'où suintait un racisme
ouvert, ne risquent pas de réhabiliter, comme le rappelait le
Figaro.
Dilettante, comme Felipe Gonzalez, 69 ans
(Felipe Gonzalez à Vigo en 2008. Photo Miguel Vidal. Reuters)
Premier ministre espagnol socialiste entre 1982 et 1996, l'ex-avocat en droit social a beaucoup voyagé en Amérique latine, et enquillé les mondanités, notamment aux côtés de l'homme le plus riche
de la planète, le Mexicain Carlos Slim. Il cultive toujours une collection de bonzaïs et a créé des joailleries. Et, à l'occasion, reprend du service pour le parti socialiste espagnol. C'est
ainsi qu'il tente, en vain, d'enrayer le retour du parti populaire au pouvoir en novembre 2011... Raté. Il avait décliné le poste de Herman Van Rompuy, président du conseil européen, mais a
accepté de succéder, à la place de Giscard d'Estaing, au comité chargé de réfléchir à l'avenir de l'Union européenne à l'horizon
2020-2030. Il a rencontré Sarkozy à l'Elysée en janvier 2012, qu'il juge inclassable.
Cupide, comme Tony Blair, 58 ans
(Tony Blair à Londres en 2011. Photo Luke MacGregor. Reuters)
S'il y a bien un héritage politique de la «troisième voie», c'est le rapport à l'argent de son représentant officiel, l'ex-Premier ministre britannique Tony Blair. A peine sorti du 10 Downing
Street, il a sillonné la planète pour des missions internationales, notamment au Moyen-Orient, et a été accusé à chaque fois d'en profiter pour nourrir ses affaires privées. En 2008, Tony Blair
se fait embaucher par la banque JP Morgan, pour un salaire – jamais confirmé ni démenti – estimé par la BBC à 5
millions de dollars annuels. De l'argent de poche pour compléter les revenus de la start-up de Tony, déjà connu pour ses conférences payées jusqu'à 250000 dollars les 90 minutes. The Guardian vient ainsi de se faire un plaisir de préciser que les revenus de la Blair Incorporated,
connue sous le nom de Windrush ventures Ltd (fusion de ses activités philanthropiques
et financières...) ont bondi de 40% en 2011 pour s'élever à 12 millions de livres... Décomplexé avec l'argent, Blair l'est aussi avec les dictateurs: fin 2011, il se fait recruter pour une
mission par l'autocrate kazakh Nazarbayev. Un magnifique CV d'«ex» à l'aise dans le monde moderne qui justifiait sans doute que certains envisagent sérieusement en 2009 de le voir au poste
de «président de l'Union européenne»...
Lettré-inspiré, comme Helmut Schmidt, 93 ans
(Helmut Schmidt à Berlin en 2011. Photo Joanna Scheffel. Reuters)
Trente ans après avoir remisé au placard son costume de chancelier, il est toujours là. Dispensant ses avis, sa philosophie dans plus d'une trentaine d'ouvrages, à l'image de son dernier ouvrage:
Religion in der Verantwortung («L'exercice responsable de la religion»). Luthérien no pratiquant et petit-fils d'un juif allemand, Schmidt, écrivain reconnu, chronique aussi toujours
dans Die Zeit. Et le vieux sage de la politique allemande n'hésite pas à défourailler. Ainsi, en 2010, il sort: «La tête de la Commission, Barroso, est
faible. Le président du Conseil, c'est Mister
Nobody. La responsable de la diplomatie européenne, Miss Nobody.» Depuis sa chaise roulante, le vieil homme et compagnon de Jean Monnet a encore remis le couvert en décembre. Et a
livré une leçon d'histoire lors du dernier congrès du SPD, auquel assistait François Hollande. Invitant les croisés de l'austérité «à étudier
les conséquence désastreuses» de la politique déflationniste conduite au début des années 30 par le dernier chancelier de la République de Weimar, Heinrich Brüning. «Il a conduit
rien moins qu'à l'échec de la première démocratie allemande»...
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